J’ai longtemps évité Cabotine. Pourquoi ? Parce que ma tante en portait dans les années 90 et que l’odeur me ramenait directement aux dimanches en famille. Pas glamour comme souvenir. Mais bon, j’ai fini par me dire qu’il était temps de tester ce flacon vert bouteille sans préjugés.
Première impression : retour vers le passé
La première pulvérisation, c’est un coup de poing vert. Du gingembre qui pique, du cassis acide, et ce côté presque sauvage qui sent la tige coupée. Franchement ? J’ai failli ranger le flacon direct. Mais attendez…
Au bout de dix minutes, le parfum se calme. Le gingembre s’estompe, et là apparaît un jasmin accompagné de notes aquatiques. C’est frais, presque transparent, et étonnamment portable pour un parfum qui avait si mal commencé. La tubéreuse arrive ensuite – discrète, pas du tout écœurante. Surprenant.
Le test terrain (là où ça devient intéressant)
J’ai porté Cabotine pendant trois jours d’affilée. Premier jour : balade au parc, 20 degrés, temps couvert. Deuxième jour : journée de boulot normale. Troisième jour : apéro en terrasse.
La tenue
Honnêtement ? Pas ouf. Quatre heures maxi avant que le parfum devienne une ombre de lui-même. Sur ma peau (plutôt sèche), il faut compter trois bonnes heures de présence réelle, puis ça devient un murmure vert-boisé. Les vêtements tiennent mieux – j’ai encore senti mon écharpe le lendemain.
Le sillage et la projection
Là, c’est carrément limité. Deux pulvérisations créent une bulle de 30 cm autour de moi, pas plus. Ma collègue à un mètre ne sentait rien. C’est un parfum intimiste, presque secret. Si vous cherchez à marquer les esprits dans un ascenseur… passez votre chemin.
Par contre (et c’est là que ça devient intéressant), cette discrétion a son charme. Cabotine ne hurle pas, il murmure. Pour ceux qui veulent sentir bon sans imposer leur présence olfactive, c’est parfait. Moi qui teste des bombes atomiques toute la journée, j’ai trouvé ça reposant.
Les points forts
Le prix. Bon sang, le prix ! On trouve Cabotine entre 25 et 40 euros selon les formats. Pour un parfum de cette qualité, même avec ses défauts, c’est cadeau. J’ai payé 32 euros mon 100ml, soit le prix de deux cocktails parisiens.
La fraîcheur verte. Pas cette fraîcheur synthétique qu’on trouve dans les parfums modernes, mais un côté jardin mouillé qui sent authentique. L’histoire de sa création explique d’ailleurs cette approche naturaliste qui était novatrice à l’époque.
L’originalité relative. Oui, Cabotine a 30 ans. Oui, plein de gens en ont porté. Mais aujourd’hui ? Les jeunes ne connaissent pas. Porter ce parfum en 2025, c’est presque avant-gardiste tant tout le monde est sur des gourmands écœurants.
Les points faibles (soyons honnêtes)
Cette tenue médiocre me pose problème. Quatre heures, c’est court. Très court. Il faut prévoir de retoucher en journée, ce qui n’est pas toujours pratique. Dans ma voiture, je garde un atomiseur de voyage – obligé.
Le départ gingembre-cassis… Comment dire ? C’est agressif. Vraiment. Les deux premières minutes, je me demande toujours ce que je fiche. Puis ça passe, mais quand même. Un ami à qui j’ai fait tester a carrément grimacé.
Le côté daté ne plaira pas à tout le monde. Ma nièce de 23 ans a dit texto : « Ça sent mamie ». Dur, mais pas totalement faux. Cabotine a cette signature années 90 qu’on aime ou qu’on déteste. Pas de demi-mesure.
Rapport qualité-prix : le vrai bon plan
C’est là que Cabotine cartonne. À 30 euros, on a un vrai parfum. Pas un truc aqueux qui sent l’alcool. Un jus composé, avec une personnalité, une histoire. La tenue faible ? On compense en retouchant, c’est pas la mort.
Je compare avec des parfums à 80-100 euros qui ne font pas mieux question longévité. Cabotine assume son positionnement accessible sans faire cheap. Le flacon est simple mais élégant, la senteur reste qualitative. Pour débuter une collection ou avoir un parfum d’appoint, c’est malin.
Pour qui ? Pour quand ?
Cabotine brille au printemps. Mars-avril-mai, c’est sa période. Quand il fait 15-22 degrés, que le soleil revient, ce parfum trouve son équilibre. L’été, il manque de corps. L’hiver, il disparaît trop vite.
Côté profil, je le vois bien sur quelqu’un qui cherche la discrétion. Les grandes timides, les femmes qui bossent en open space, celles qui veulent sentir bon sans que ce soit un sujet de discussion. Pas les extraverties qui veulent qu’on les remarque à dix mètres.
Niveau âge ? Bonne question. Ma première réponse serait 35-55 ans. Mais j’ai vu des vingtenaires le porter avec style, justement parce que personne de leur génération ne connaît. Le vintage a ses codes.
Mon verdict sans filtre
Cabotine n’est pas parfait. Loin de là. La tenue décevante, le départ rugueux, cette image vieillotte… tout ça existe. Mais vous savez quoi ? Je l’ai racheté quand même.
Parce qu’à ce prix, avoir un parfum honnête qui sent le jardin après la pluie, c’est rare. Parce que cette fraîcheur verte me détend. Parce que ne pas sentir à dix mètres, des fois, c’est appréciable.
Est-ce que je le porte tout le temps ? Non. Est-ce qu’il remplace mes parfums préférés ? Absolument pas. Mais dans ma rotation printemps, il a sa place. Pour aller bosser un mardi matin, pour une balade en forêt, pour ces moments où je veux juste sentir propre et vert.
Ma note : 6,5/10
Un parfum correct qui fait le job sans révolutionner ma vie olfactive. Le rapport qualité-prix le sauve clairement – à 30 euros, ça monte à 7,5/10. À 80 euros, ce serait 5/10. Voilà, c’est dit.
Dernier conseil : testez-le en parfumerie avant d’acheter. Ce n’est vraiment pas un parfum consensuel. Certains vont adorer cette fraîcheur années 90, d’autres vont fuir en courant. Moi ? Je suis entre les deux, et finalement, c’est pas si mal.
