Bon, soyons honnêtes : First, c’est le genre de parfum qui fait peur. Sorti en 1976, il traîne une réputation de parfum de grand-mère qui colle à la peau. Mais j’ai voulu vérifier par moi-même si cette légende des seventies méritait vraiment son statut ou si c’était juste de la nostalgie bon marché.
Première impression : le choc
La première pulvérisation, je vais pas mentir, ça décoiffe. Un truc massif, imposant, qui ne demande pas la permission. L’aldéhyde frappe direct – cette odeur métallique presque savonneuse typique des parfums d’avant. Derrière, un bouquet floral qui ne rigole pas : rose, jasmin, iris, tout y passe. C’est riche, charpenté, presque lourd.
Ma première réaction? « Ah ouais quand même. » C’est puissant. Vraiment puissant. Le genre de jus qui vous fait comprendre que les années 70, c’était pas l’époque de la discrétion olfactive.
Test terrain : attention danger
J’ai testé First pendant une semaine complète. Différents contextes, différentes doses, différentes températures. Voilà ce que ça donne vraiment.
La tenue : costaud
On est sur du 8-10 heures facilement. Le truc tient comme un pitbull. Même après une journée complète, il reste des traces sur mes vêtements. Parfois même le lendemain (si, si). C’est la construction old school : faite pour durer, pas pour s’évaporer en deux heures comme certains trucs modernes dilués.
Le sillage : problématique
Là, ça se complique. Deux pulvérisations et vous êtes un homme-sandwich ambulant. Les gens vous sentent à trois mètres. Franchement, c’est trop. J’ai dû apprendre à doser : une seule pulvérisation dans le cou, pas plus. Même comme ça, ça projette pas mal les deux premières heures.
Pour mieux comprendre l’histoire de First, il faut se replacer dans le contexte des années 70 où la retenue n’était pas vraiment la norme en parfumerie.
L’évolution : surprenante
Le truc intéressant, c’est que First change pas mal au fil des heures. Le départ aldehydé-floral évolue vers quelque chose de plus chaud, presque résineux. Le fond boisé avec de l’ambre et de la civette (version synthétique maintenant) apporte une profondeur que j’attendais pas. Ça devient moins agressif, plus fondu. Presque portable.
Points forts / points faibles
Ce qui marche
La qualité des matières, déjà. On sent que c’est pas de la daube. La construction est solide, complexe, multicouche. Ça a de la personnalité – et dans un monde de parfums formatés, c’est pas rien. La tenue et la projection (même si c’est à double tranchant) sont indéniables. Et puis il y a ce côté « je m’en fous des tendances » que j’apprécie. First assume ce qu’il est : un monument floral aldehydé.
Les vrais problèmes
Le dosage, premier obstacle. C’est quasi impossible à porter normalement sans passer pour celui qui s’est baigné dans son parfum. L’aspect vieillot, ensuite – difficile à ignorer. Même si j’aime les classiques, là c’est carrément daté. Les jeunes générations vont fuir. Et puis cette saturation florale… Comment dire, c’est pas subtil. Du tout.
Pour découvrir les notes en détail, vous comprendrez pourquoi c’est si chargé.
Rapport qualité-prix : compliqué
On est autour de 90-110€ les 100ml selon les périodes. Pour un parfum Van Cleef & Arpels avec cette tenue, c’est pas délirant. Vous en aurez pour votre argent niveau longévité. Mais voilà, la question c’est : est-ce que vous allez vraiment le porter?
Parce que bon, acheter un jus de qualité que vous allez laisser dans un placard parce qu’il est trop intense, c’est moyen comme investissement. À ce prix, vous avez des alternatives plus modernes, plus portables (Chanel N°5 L’Eau par exemple, même esprit mais en plus léger).
Pour qui? Pour quand?
Soyons clairs : First, c’est pas pour tout le monde. J’ai même envie de dire que c’est pour une minorité. Les amatrices de floraux puissants, celles qui ont connu les années 70-80, celles qui cherchent un truc qui s’impose. En hiver ou automne uniquement – l’été avec ça, c’est le suicide olfactif garanti.
Les bureaux modernes? Oubliez. Les espaces confinés? Non plus. Les soirées habillées, les occasions spéciales, pourquoi pas. Mais même là, une pulvérisation maximum.
Verdict sans langue de bois
First, c’est un beau monument. Vraiment. La construction est admirable, la qualité est là, l’identité est forte. Mais c’est aussi un dinosaure qui refuse de s’adapter. Dans mon quotidien, je le porte pas. Trop risqué, trop imposant, trop… tout.
Je le garde dans ma collection comme pièce de musée, comme référence historique. Pour comprendre d’où on vient en parfumerie. Mais pour porter régulièrement? Non. C’est honnête mais c’est comme ça.
Est-ce que je le recommande? Uniquement si vous savez exactement dans quoi vous vous embarquez. Si vous cherchez un floral moderne et portable, passez votre chemin. Si vous voulez un morceau d’histoire olfactive brute de décoffrage, alors oui.
Ma note : 6.5/10
Respect pour l’héritage et la qualité, mais trop difficile à apprivoiser au quotidien. Voilà. C’est dit.
