Bon, soyons honnêtes : quand on teste un parfum lancé en 1976, on s’attend à sentir la naphtaline. First m’a été offert par une tante qui portait ça dans les années 90. J’ai failli le revendre direct. Puis je l’ai porté.
Première impression : plus complexe que prévu
La première giclée, c’est violent. Un mur d’aldéhydes qui pique le nez, presque savonneux, avec cette sensation poudreuse façon shampooing hôtel de luxe. Rien à voir avec les jus actuels qui jouent la sécurité.
Après dix minutes, ça se calme. Les fleurs arrivent – rose, jasmin, orchidée – mais sans cette douceur sirupeuse qu’on trouve partout maintenant. C’est sec, presque vert, avec un côté cuir discret qui rappelle l’intérieur d’un sac Hermès. Vous voyez le genre ?
Le fond boisé-ambré met du temps à s’installer. Franchement, il faut une bonne heure pour que First révèle son vrai visage. Pas pratique quand tu testes en boutique.
Test terrain : la surprise tenue
Je l’ai porté au bureau pendant une semaine. Trois vaporisations le matin : une au cou, deux sur les vêtements.
Projection et sillage
Les trente premières minutes, tu annonces ta présence. Pas façon bombe olfactive type Sauvage, plutôt nuage élégant mais affirmé. Deux collègues m’ont demandé ce que je portais – bon signe.
Après 2-3 heures, ça devient plus intime. Le sillage reste présent sans envahir l’open space. Parfait pour des réunions où tu ne veux pas étouffer les gens.
Tenue réelle
Et là, surprise : First tient carrément bien. 8-9 heures sans forcer, avec une vraie évolution. Le matin tu sens les aldéhydes, l’après-midi c’est le bouquet floral, le soir il reste cette base ambrée-boisée discrète mais présente.
Sur les vêtements, ça dure encore plus. Mon écharpe sentait bon 48h après. Pas mal pour un jus qui a bientôt 50 ans.
Pour mieux comprendre le contexte de création de ce parfum et son impact à l’époque, je vous conseille de découvrir l’histoire de First qui explique pourquoi il a révolutionné la parfumerie joaillière.
Points forts et faiblesses
Ce qui marche vraiment
La tenue. Pour un parfum des années 70, ça défonce la plupart des sorties récentes qui disparaissent en trois heures. Van Cleef n’a visiblement pas lésiné sur la concentration.
L’originalité aussi. Dans un monde saturé de gourmands vanillés et de fruitées synthétiques, First sort du lot. C’est daté ? Oui. C’est différent ? Totalement.
Le flacon – OK ça compte pas vraiment mais ce cylindre doré avec sa bague joaillière, ça claque sur une étagère.
Les points faibles
Le démarrage brutal peut rebuter. Ces aldéhydes façon Chanel N°5 sous stéroïdes, faut aimer. Moi ça m’a pris trois essais avant d’accrocher.
La polyvalence limitée. First en short-baskets l’été, non. C’est automne-hiver, tenue habillée minimum. Au bureau ou en soirée, pas pour trainer en jogging le dimanche.
Le côté daté assumé. Si vous cherchez du moderne épuré, passez votre chemin. First assume ses quarante balais et ne cherche pas à plaire à tout le monde.
Pour une analyse olfactive détaillée des notes et accords, certains trouveront des nuances que mon nez n’a pas captées.
Rapport qualité-prix : justifié ou pas ?
Compter entre 90 et 120€ selon le format. Pour un parfum de joaillier avec cette tenue, ça reste honnête. Pas donné, mais cohérent avec le positionnement luxe.
Comparé aux sorties récentes à 150€+ qui tiennent quatre heures (je vous regarde, certaines marques de niche), First offre un meilleur rendement. Le prix au ml reste raisonnable.
Attention quand même : si vous débutez en parfumerie, c’est peut-être pas le premier achat à faire. First demande une certaine maturité olfactive – ou au moins l’envie de sortir des sentiers battus.
Pour qui, pour quand ?
Profil type : femme (ou homme assumé) 30 ans et plus, qui cherche un parfum de caractère. Pas pour draguer en boîte, plutôt pour affirmer une présence professionnelle ou briller en soirée chic.
Saisons idéales : septembre à mars. L’automne lui va particulièrement bien avec ses notes chaudes et cette élégance cuir-boisée. L’hiver aussi, même si c’est moins confortable qu’un oriental pur.
Occasions : bureau, dîner, vernissage, tout ce qui demande une tenue minimum. Éviter : sport, plage, brunch décontracté du samedi.
Mon verdict sans filtre
First m’a surpris. Je m’attendais à un vestige poussiéreux, j’ai trouvé un parfum qui a du coffre et une vraie personnalité.
C’est pas une love story immédiate. Faut s’apprivoiser mutuellement. Mais une fois le déclic fait, difficile de trouver un équivalent moderne. Cette construction florale-aldéhydée-boisée avec un vrai savoir-faire de composition, ça ne se fait plus trop.
Le principal défaut ? Cette attaque agressive qui va faire fuir la moitié des testeurs dès la première seconde. Dommage parce que le cœur et le fond valent vraiment le détour.
Je recommande ? Oui, mais avec un gros astérisque. Si vous adorez les parfums actuels ultra-doux et consensuels, passez votre chemin. Si vous cherchez du caractère et que les classiques vous intriguent, foncez tester.
Note finale : 7,5/10
Points bonus pour la tenue et l’audace olfactive. Points retirés pour le côté peu accessible et la polyvalence limitée. Un parfum de niche avant l’heure, finalement.
Est-ce que je le porte régulièrement maintenant ? Disons… une fois par semaine, quand j’ai envie de me sentir classe sans faire d’effort vestimentaire. Le parfum fait le boulot.
